Motiver les enfants à coopérer

D’où vient la motivation des enfants à aider leurs parents, à être coopératif au sein de la famille ?

Nous connaissons les sources de motivation externe qui prévalent dans le milieu scolaire, voire même dans les milieux professionnels : La récompense (les notes, une prime salariale), les punitions (à l’école, on les connaît, mais on peut également le retrouver dans le monde professionnel avec des heures supplémentaires à fournir ou des objectifs surdimensionnés).

Comment se fait-il que la simple motivation intrinsèque (qui vient de l’intérieur de l’individu) ne suffise plus à animer certains enfants, mais adultes également ?

Je me suis posée cette question, car je suis souvent surprise du manque d’aide spontanée que je reçois de mes ados à la maison. Ils coopèrent facilement, mais seulement si je leur en fait la demande et ça m’agace qu’ils ne voient pas plus d’eux-mêmes ce qui doit être fait. Eh bien, la lecture du livre de Michaeleen Doucleff « Chasseur, cueilleur, parent » m’a donné quelques pistes de réflexion intéressantes que j’avais envie de vous partager.

L’auteure s’est penchée sur la manière d’éduquer les enfants dans des cultures non-occidentales où les enfants participent de manière plus naturelle à la vie de famille que dans nos contrées.

Elle met en évidence que les parents Maya ne rabrouent jamais les petits enfants qui souhaitent les dans les tâches ménagères. Leur aide est acceptée même s’ils mettent plus de bazar qu’autre chose. Les parents savent qu’ils vont prendre le temps qu’il faut pour apprendre et jamais ils ne les remballent pour qu’ils aillent jouer de leur côté (ou les imiter avec des jouets de nettoyage factices) pendant que le parent s’occupe de la maison. Si la tâche est dangereuse, les enfants seront invités à observer. Le parent est convaincu que l’enfant y arrivera un jour et ne l’assène pas de conseils ni de directives. Il laisse faire l’enfant à la hauteur de ses compétences et c’est ok comme ça. Ainsi, la motivation de l’enfant n’est pas sapée et l’envie d’apporter son aide ne s’arrêtera pas.

L’auteure mentionne également dans son livre que les parents ne cherchent pas à occuper l’enfant avec des activités qui sont centrées uniquement sur celui-ci. Le temps passé ensemble doit également convenir au parent et c’est l’enfant qui va s’adapter à son monde et pas l’inverse. Avez-vous déjà remarqué un adulte qui a « pris sur lui » pour passer une journée qui plait uniquement à son enfant ? Ce parent peut devenir tendu en rentrant à la maison et aura plus d’attentes envers sa progéniture, comme la reconnaissance de son effort par exemple.

Michaeleen Doucleff indique aussi que dans les cultures qu’elle a observé, le parent ne demande pas à l’enfant s’il peut venir aider à mettre la table, mais indique simplement : « il faut mettre la table », « c’est l’heure de mettre la table ». Et il patiente (plus de dix secondes – je me le tiens pour dit) avant de reformuler sa demande ! Et lorsque c’est reformulé, ce n’est pas teinté de reproches ou d’un langage non verbal plus qu’explicite (les yeux au ciel, soupirs, etc). Si l’enfant ne peut pas s’en occuper maintenant, l’adulte est respectueux envers l’enfant et ne part pas du principe que ce n’est que de la mauvaise volonté.

Dans les familles Maya, le nettoyage et le rangement est une affaire d’équipe. Tous les membres y participent au même moment et cela favorise beaucoup la motivation du groupe et l’esprit de famille. Ainsi, les tâches sont terminées plus rapidement et chacun peut remarquer que sa contribution a été utile.

Ce qui peut donc aider à rendre les enfants plus serviables, c’est de verbaliser lorsque le parent se met à la tâche : « Les enfants, on prépare le souper » ou « On va à la décheterie » – sous-entendu que c’est une tâche pour laquelle toute l’équipe familiale peut se sentir concernée. Puis, si personne ne répond, il peut ajouter : « J’ai besoin d’aide pour couper les tomates » ou « pour charger la voiture ». Si cela ne fonctionne toujours pas, on demandera de l’aide directement à l’enfant concerné : « Viens m’aider à couper les tomates » ou « Amène-moi le vieux papier » et si possible, sans s’énerver, lever les yeux au ciel, faire des commentaires négatifs, etc. (je sais, c’est compliqué !), car il faut savoir que les critiques ne motivent pas l’enfant à venir aider. Imaginez si votre conjoint vous demande de l’aide lorsque vous êtes en train de rédiger une lettre et que vous ne pouvez pas venir tout de suite et qu’il se mette à vous faire plein de remontrances. Auriez-vous encore envie de lui rendre service ?

Chez les Hadza (tribu de Tanzanie), les enfants sont mis à contribution dès l’âge de 4-5 ans pour aider leurs plus jeunes frères et soeurs, ils bénéficient rapidement d’autonomie pour s’occuper de tâches familiales et ainsi ils se sentent, capable et impliqués dans « l’équipe ». L’adulte est toujours présent, mais de manière lointaine et il n’intervient pas constamment pour donner conseils et consignes.

Est-ce que ces histoires vous interpellent ? Pour ma part, elles m’ont donné de nouvelles pistes et idées à explorer. Je pense que l’auteur nous partage un regard percutant sur l’éducation occidentale d’aujourd’hui et peut donner des réponses à plusieurs problèmes que nous connaissons, comme le burn-out parental, le contrôle à outrance qui génère les angoisses de beaucoup de parents, l’individualisme, la solitude parentale, etc.

Bon, j’en reviens à ma propre situation et je prends conscience que j’ai souvent repoussé l’aide de mes enfants pour aller plus vite, pour être tranquille, pour ne pas risquer d’avoir encore plus de nettoyage à faire après qu’avant,… Aujourd’hui, j’en prends acte et je me dis que si l’aide ne vient pas spontanément, j’ai aussi ma part de responsabilité et les blâmer ou leur répéter qu’ils pourraient au moins voir qu’il faut débarrasser le lave-vaisselle ou ranger le linge n’est pas que de la mauvaise volonté. Je ne leur ai peut-être pas assez laissé de place lorsqu’ils voulaient le faire de leur plein gré et c’est à moi de les encourager et les motiver aujourd’hui, de manière positive !

Des questions ou envie d’en parler ? Contactez-moi.

Photo de Juan Pablo Serrano Arenas sur Pexels.com

Une réflexion sur “Motiver les enfants à coopérer

  1. Merci pour ce partage, j’aime bien la notion d’équilibre, à la fois respecter l’enfant si ça n’est pas le moment (sans en abuser ;-), mais aussi veiller à ce que l’enfant s’adapte à notre monde et pas toujours nous au leur. Plus qu’à mettre en application !

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